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LE FER A VALMANYA AU XVIIe siècle

 

 

L'exploitation du fer à Valmanya

au XVII ème siècles

par Madame Paulette FRENEY 


 

La métallurgie du fer est une activité  très ancienne dans la vallée de la Lentilla. C’est cependant à partir de la fin du XVI e que les sources notariales plus nombreuses permettent d’envisager son étude.

Ces sources font alors mention de 3 forges à VALMANYA. Tout d’abord la forge dite « vieille », abandonnée mais encore très présente dans la vie de la communauté puisqu’un des principaux chemins du village s’appelle « le  chemin de la forge vieille ».

En 1625 l’ abbé de Cuxa a réinféodé la forge vieille à 2 habitants du village Montserrat MARI et Bartolomeu DELDON. On connaît donc exactement ses confronts mais pas pour autant sa localisation. On ne sait pas non plus, faute de texte, s’il y a eu une reprise d’activité.

         La 2 e forge en activité a été créée sur la LENTILLA dans la dernière décennie du XVI e siècle par Joan DE VILANOVE qui était peut être le plus grand entrepreneur en métallurgie du ROUSILLON. Outre la forge, Joan DE VILANOVE possédait une maison à VALMANYA en des terres à « RABASSE ». Son entreprise au village n’a pas duré plus de 30 ans.

La 3 e forge est celle qui va connaître une fortune durable. Localisée sur la LENTILLA, dans le village, très proche de celle de Joan DE VILANOVA, elle appartient à l’abbé de CUXA, seigneur de VALMANYA.

Jusqu’en 1673, l’abbé loue la forge tous les 3 ans en général, avec tout ce qui en dépend (terres, bois, mines). Ceux qui prennent la location viennent d’horizons sociaux et géographiques divers : marchands de PERPIGNAN ou d’autres villes de Catalogne, commerçants de PRADES ou de VINCA, parfois pagés de VALMANYA ( Joan BARJEAU, Jean MARI) ou pagés de la plaine ( Pere MOLINS de JOCH). Il y a aussi des gens de « l’art » forgerons et muletiers qui s’associent pour louer ou le plus souvent sous-louer. Ces forgerons, dans la 1 ère moitié du 17e siècle ne sont guère stabilisés dans le village. Les OLIVER par exemple ou les PACULL  sont aussi bien forgerons à MOSSET, AU LECH qu’à VALMANYA. Et c’est par le fer que VALMANYA voit arriver des gens qui viennent du pays basque, d’Aragon, d’Ariège, d’Andorre, des Corbières, du Vallespir. Llorens MARI, par exemple, « celui qui tient forge » dit le Capbreu de 1613 est né à Saint LAURENT DE CERDANS. Un certain nombre de ces « entrepreneurs » du fer commence à faire souche au village et il n’est pas de famille de pagés qui échappe à la mine, au charbon de bois, au transport, à la forge ( BARJAU, MARI, ROMEU, PALA, LA FORGA, CLERCH etc.)

1673 est pour VALMANYA une date importante, l’abbé cède la forge au chef d’une des principales familles de pagès du village. Elle va désormais être exploitée d’une manière plus stable. C’est la fin des sous-locations. « coup de poker » de la 1ère moitié du XVII e siècle, qui se terminait souvent par la saisie des biens des forgerons incapables de faire face à leurs emprunts et sans doute de coordonner une activité métallurgique (charbonniers, mineurs, muletiers).

En 1673, l’abbé DE VILADOT, seigneur de VALMANYA, concède donc sa forge en emphytéose. Il faut entendre par là une location de longue durée, transmissible aux héritiers avec un droit d’entrée et un cens modique. Avec possibilité de vente pour celui qui prend le bien.

Cette forge est alors détruite, Elle l’était depuis plusieurs années. En effet, au pire moment de la crise des ANGELETS, quand la communauté a été traduite en justice, son syndic Jaume BARJAU (cousin germain de l’acheteur de 1673) avait expliqué que la plupart des hommes valides de VALMANYA allaient travailler, la semaine durant dans les forges du VALLESPIR et ne venaient chez eux que le dimanche. La destruction de la forge est certainement liée à une crue de la LENTILLA. Les crues du XVIIe siècle ont été terribles à VALMANYA emportant à des dates diverses le moulin à blé de l’abbaye, les cortals et les près localisés au confluent de la rivière  du château.

L’abbé DE VILADOT était bien disposé à l’égard des gens de VALMANYA, « vassaux et pauvres gens » qu’il recommandait à son notaire de ménager dans le recouvrement de certains droits féodaux.

Cependant, Joan BARJAU n’a rien d’un pauvre. Héritier universel de la Casa BARJAU, il en assoit durablement la fortune. Son grand-père Guilhem, son oncle Jean, son père Gabriel et lui même ont été batlles du village et donc hommes de l’abbé.

Jean BARJAU est très différent de son oncles Joan qui loue la forge à maintes reprises. L’oncle Joan était l’homme des « pactes » passés en écritures publiques ou privées avec d’autres pagés de la plaine, des forgerons du village et surtout des marchands de VINÇA, empruntant sans cesse pour faire face à ses entreprises mais réussissant, vaille que vaille, à rembourser à la différence de bien d’autres. Un homme violent, cet oncle, qu’une rixe malencontreuse a conduit à goûter diverses prisons dont celle de PERPIGNAN.

Son neveu Joan ne lui ressemble guère. C’est avant tout un bon pagès pratiquant l’agriculture et l’élevage, sachant faire fructifier son argent, âpre au gain. Il a surtout compris combien les moulins pouvaient amener de l’argent. Dès 1648, il a acheté à l’abbaye le moulin à farine de VALMANYA. Et dans les mêmes circonstances que la forge : le moulin était détruit et les moines se trouvaient incapables d’en surveiller la reconstruction.

En 1673, Joan BARJAU approche de la soixantaine. Il se prépare à marier son unique petit-fils Emmanuel SOLERA Y BARJAU (fils de sa fille unique Catherine SOLERA y BARJAU) à une héritière de FINESTRET. Il n’a pas renoncé pour autant à procréer un héritier du seul nom de BARJAU, le grand souci de sa vie. Un 3 e mariage et 25 ans de vie commune au delà de 1673 ne lui permettent pas de réaliser son rêve. Il ne transmettra pas la forge de VALMANYA à son héritier mais la forge  fera la fortune des NOELL, gens de VALMANYA au XVIIIe.

Paulette FRENAY