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HISTOIRE DE VALMANYA DANS LES ARCHIVES

Paulette FRENAY

On ne sait rien des origines de VALMANYA C’est cependant une paroisse très ancienne si  on en juge par l’étendue de son terroir et la titulature de son église. Etabli sur des terres royales le village a été donné au X eme siècle à l’abbé de Saint Germain et de Saint Michel de Cuxa avec son Eglise de Saint Vincent.

Les dîmes, prémices et offrandes des fidèles perçus alors par l’Evêque d’ELNE ont été donnés par lui-même à Cuxa en 953. Un texte de 985 précise la situation du village « aux confins du Vallespir et du Conflent ». Indication nécessaire car il existe d’autres lieux qui portent ce nom ; la Vallmanya près du Boulou ; Valmanya hameau proche de Prats de Mollo, Valmanya ou Val de Ribes et en fin en Catalogne un Vallmanya, pourvu d’un château et proche semble-t-il de l’actuel Pinos.

Quelques terres du village ne relevaient pas de l’abbé de Cuxa et la vallée du mas St Julia appartenait au Prieuré de Marcevol, administrée par la communauté des prêtres de Vinça qui en percevait le cens. Valmanya était donc pour l’essentiel terre d’Eglise et ses habitants se sont reconnus jusqu’à la Révolution « hommes propres et vassaux » de l’abbé (un texte de 1614 évoque leur servage).

Au temporel, le seigneur abbé leur concède des terres en emphytéose, bail de longue durée renouvelé périodiquement jusqu’à la révolution. En échange, « les hommes propres », payent un cens en argent ou en nature, ils payent la dîme, levée à 9/1 et tous les autres droits féodaux, en particulier les droits de lods.

 

L’abbé garde sur le territoire de Valmanya de vastes espaces non concédés, forêts et pâturages, tout en ayant reconnu aux habitants un droit d’usage qu’ils devront défendre à plusieurs reprises et en particulier au XIX eme.

 

Forêts, pâturages et mines de fer sont les grandes richesses de l’abbé à Valmanya. Un texte de 1011 évoque « la grande vallée du fer » et on ne peut douter de l’exploitation très ancienne du minerai. On ne sait  pas dater précisément l’établissement d’une forge de l’abbé à Valmanya. Dès le 1 er quart du XIVeme un texte établit que Pierre Fabre de Altopullo, terre Tolosane, habitant la forge de Valmanya est en relation d’affaires avec un marchand de Perpignan. Un peu plus tard dans ce même XIVeme la forge de Valmanya est louée pour 7 ans par l’abbé de Cuxa moyennant un droit d’entrée et un paiement hebdomadaire en fer.

 

Fonctionne dès le XIVes, le type d’exploitation qui va se perpétuer jusqu’en 1673. L’abbé ou son représentant loue sa forge avec ses dépendances (mines et bois) à un entrepreneur qui peut être un marchand, un forgeron ou une association de pagès. Les vicissitudes de l’entreprise sont multiples. Insécurité de l’époque féodale avec un danger majeur pour Valmanya venant du Vallespir (d’ou la construction de la tour et du château) ;crues terribles de la Lentilla qui expliquent que le forge de l’abbé ait été détruite à maintes reprises et que les textes (1576, 1614) nous donnent la localisation de 2 forges anciennes l’une aux Masos, l’autre à l’extrémité amont du village, dominée par le château.

 

En 1673 c’est une forge détruite que l’abbé vend en emphytéose à Jean Barjau, pages du village. C’est la fin de l’exploitation directe. La forge sera vendue une fois encore (à la famille Delpas) avant de devenir propriété emphytéotique de la famille Noell originaire du Vallespir.

 

Les Noell vont exploiter la forge jusqu’à la Révolution (et la racheter après sa nationalisation comme bien d’église) La forge est pour eux, source d’un enrichissement constant comme en témoignent les archives notariales, pendant tout le XVIIIeme. Il deviennent de grands propriétaires fonciers et figurent parmi les gros contribuables du Roussillon.

 

En 1731, un mémoire de la viguerie de Conflent établit que la forge de Valmanya occupe 4 mineurs, 6 forgerons, 10 à 12 charbonnier et 10 voituriers avec 20 mulets. En 1789, le nombre d’emplois est à peine supérieur. La fabrication du fer est donc importante pour donner du travail au village. Elle est, cependant, incapable de le faire vivre. Dès le mois d’octobre, les hommes du village partent travailler dans la plaine comme le montre l’absence de conception à Valmanya, pendant les mois d’hiver pendant tout le XVIIIe siècle.

Le village compte alors un peu plus de 200 habitants. La terre reste, dans les esprits, la richesse fondamentale.  En 153 ans les abbés n’ont concédé que moins de 25 ha (rappelons pour indication que la superficie actuelle de la commune est de 2 767 ha) ; Certes les droits d’usage des habitants sur les forêts et  les pâturages de l’abbé, bien que contrôlés et même contestés par le pouvoir royal, existent toujours mais la situation n’en est pas moins difficile pour beaucoup d’habitants ; 32 familles de brassiers n’ont que 47 ha tandis que 8 familles de pages exploitent 163 ha. Sur les 224 concédés par l’abbé.

En dépit de ces conditions difficiles aggravées par un milieu naturel ingrat, le village cultive le seigle, le millet l'avoine, Les jardins jouent un rôle important. On cultive le chanvre, les pois, les haricots les lentilles. Le miel est une richesse ancienne.  

Quant à l’élevage, bovins, caprins et surtout ovins sont une richesse fondamentale.

Avec la nationalisation des biens de l’abbaye,  au moment de la Révolution, les habitants ont du lutter pour sauvegarder leur antique droit d’usage. 

Paulette FRENAY